Thréonine :
santé de l'intestin et immunité


Hormis son rôle pour le dépôt protéique, la thréonine est impliquée dans les processus d'entretien de l'organisme, comme le renouvellement du mucus intestinal et la synthèse des protéines immunitaires.

La thréonine : un nutriment-clé pour l'intestin

Figure 1. Composition en acides aminés des mucines (en % des mucines brutes)

Une part importante de la thréonine ingérée est absorbée dans la partie distale de l'intestin - l'iléum. La part restante (thréonine indigestible) se retrouve à la fin de l'iléum. La part absorbée n'est pas entièrement véhiculée dans la veine porte qui collecte les nutriments provenant du processus de digestion : seulement 40% de la thréonine de la lumière intestinale atteint la veine porte. Une part significative de la thréonine digestive est en effet utilisée par l'intestin lui-même ; les entérocytes (cellules de la paroi du tube digestif) utilisent 60% de la thréonine ingérée, ce qui est deux fois plus que la lysine.

L'utilisation importante de thréonine par le tube digestif s'explique par la teneur élevée en thréonine des sécrétions digestives parmi lesquelles le mucus. La couche de mucus, sécrété par les cellules caliciformes dispersées le long des villosités intestinales, recouvre la paroi du tube digestif. Le mucus est un composant important de la barrière intestinale qui protège l'intestin contre les enzymes digestives et les dommages physiques des digesta. Le mucus est principalement composé d'eau (95%) et de mucines (5%) qui sont des glycoprotéines à haut poids moléculaire particulièrement riches en thréonine (Figure 1).

Une part importante de la thréonine ingérée est utilisée par l'intestin lui-même et est utilisée pour la synthèse des sécrétions endogènes, en particulier le mucus. Vue l'importance de ces sécrétions digestives pour la santé de l'intestin et pour les processus de digestion, un niveau de thréonine adéquat doit être apporté dans l'aliment afin de permettre le bon fonctionnement du tube digestif.

Thréonine et fonction immunitaire

Figure 2. Profile en acides aminés indispensables des immunoglobulines (%)

L'immunité humorale implique la sécrétion d'immunoglobulines (appelées aussi anticorps) par les lymphocytes B dans le sang. Après avoir atteint le site de l'infection, les immunoglobulines reconnaissent, se lient avec puis inactivent l'antigène. Comme les mucines, les immunoglobulines sont des glycoprotéines globulaires riches en thréonine (Figure 2).

Du fait de la teneur élevée en thréonine des immunoglobulines, un déficit en thréonine peut affecter la production d'immunoglobulines. Différents auteurs ont démontré que des truies recevant un aliment riche en thréonine produisaient plus de gamma immunoglobulines (IgG) dans le plasma et dans le lait au moment de la mise bas et 10 jours après. Chez le porc en croissance, il a été démontré que des animaux recevant un aliment enrichi en thréonine présentaient une concentration plasmatique en IgG et un niveau d'antigènes spécifiques supérieurs, respectivement après injection d'albumine de sérum bovin et d'ovalbumine.

La thréonine étant impliquée dans la réponse immunitaire, le statut sanitaire peut être un facteur de variation du besoin Thr:Lys et le retrait des AFC pourrait augmenter le besoin en thréonine pour des fonctions autres que la croissance. La Figure 3 montre en effet que dans un groupe de porcs nourris sans AFC, l'augmentation du rapport Thr:Lys DIS jusqu'à 70% permet d'atteindre les mêmes performances que le groupe nourri avec des AFC. De plus un déficit en thréonine pénalise plus sévèrement les performances des porcs nourris sans AFC.

Figure 3. Effet du rapport thréonine sur lysine digestible iléal standardisé (Thr:Lys DIS) sur le gain moyen quotidien (GMQ) et sur l'indice de consommation (IC) de porcs entre 25 et 45 kg nourris avec un régime sans salinomycine (AFC -) ou avec 30 ppm de salinomycine (AFC +).

Figure 4. Effet des conditions sanitaires (propre vs. sale) sur le besoin thréonine sur lysine digestible standardisé (Thr:Lys DS) permettant d'optimiser le gain de poids, l'efficacité alimentaire, le poids de carcasse, le taux de carcasse et la teneur en filet de poulet entre 21 et 42 jours.

Un essai en poulet de chair (21-42 jours) a étudié l'effet de la qualité des litières sur le besoin en Thr:Lys. Les animaux étaient nourris dans des cages contenant soit une litière neuve, soit une litière constituée de l'empilement des litières usagées de 4 lots précédents de volailles. Le rapport Thr:Lys optimal a toujours été plus élevé dans les conditions "sales" que dans les conditions "propres" pour optimiser les performances de croissance et de carcasse (Figure 4).

Pour ces deux essais (Figures 3 et 4), il est supposé que le besoin plus élevé en thréonine obtenu dans un environnement "sale" reflète les niveaux différents d'exposition aux microbes auxquels les animaux ont été soumis et les changements qui en résultaient dans le besoin d'entretien pour les fonctions gastrointestinales et immunitaires.

L'état de santé et les conditions d'élevage sont des facteurs de variation du besoin en Thr:Lys ; un environnement sanitaire dégradé conduit à un besoin en Thr:Lys plus élevé en porc aussi bien qu'en volaille. Assurer un niveau d'acides aminés suffisant dans l'aliment permet donc de maintenir de bonnes performances de croissance dans un environnement sanitaire défavorable.

Plus d'information dans nos bulletins techniques ; de nombreux résultats expérimentaux y sont reportés :

 

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